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Le poids de la société, «Dem Seuyi» - La parade nuptiale

Il y'a quelques mois de cela ma petite sœur adorée se marie. Au début j'étais très content qu'elle puisse trouver son âme sœur enfin et s'unir à lui. Le mariage fut doux et bon en compagnie de la famille et quelques convives malgré la COVID 19. Même s’il fut notifié à tous qu'il y n’aura pas une grande fête, on a eu droit aux trois « sagnesé » pour la désormais Mme Diop.

Jusqu'alors tout allait bien chez moi et j'étais hyper content. La semaine qui suivait elle devait rejoindre sa demeure nuptiale chez son mari «DEM SEUYI» comme de coutume on dit chez nous.


La mariée se met au centre entourée des tata, Badienes, mamans, tontons, frères et autres convives. Je voyais ma petite sœur enrôlée du «Serou Rabal» cette fameuse pagne tissée, étoffe qui renferme plus d'une histoire et nous accompagne dès la naissance. Aucun membre de son corps n'apparaissait à part ses mains d'ange pour accepter les prières. Chacun y allait de son discours. Le rappel de tonton Ouatarra, mon beau père, des principes du mariage, de l’envoyé de l'imam sur le même principe et mon grand frère Daby le «kilifeu» - chef de la maison que j'admire temps pour son sens du devoir et de responsabilité. 

Après les femmes ont pris la parole avec leurs conseils et adages sénégalais portant sur des principes dont je ne comprendrais jamais le sens.

«Sey nekhoul» le mariage n'est pas toujours joyeux, facile.

«Jigeen day mouñe» la femme doit tout supporter dans le couple.

 «Jigeen day degal diekeuram» la femme doit soumission à son mari. 

Tant de proverbes qui encore une fois ne tournent qu'autour du rôle de la femme dans sa vie de couple.


Pendant tout ce temps j'ai résisté, j'ai tourné ma langue dans ma bouche bien des heures pour ne pas exprimer le fond de ma pensée sur tout ça. Mais une fois que ma grande mère Yaye Sow prit la parole je n'ai pu retenir mes larmes, elle coulait d'elles mêmes.

Ma maman s'est levée pour prier pour elle et j'entendais le soupir de Rokhaya qui en a tellement encaissée qu'elle s’est mise à pleurer également. Tata Daba l'homonyme de ma petite sœur, une femme d'une bonté extraordinaire m'a encore fait plus pleurer dès qu'elle s'est levée pour prier pour elle.


Pourtant ce n'était pas la première fois que j'assistais à ces genres de scène. Mon métier de photographe fait que j'ai plusieurs fois assisté à ça mais je n’étais jamais autant affecté. Peut-être que cette fois ci le fait qu’il s'agissait de ma petite sœur, le «xorom» - le sel de la maison, je me suis senti plus concerné.


Bref, je n’ai pas tout étalé ici et les émotions restent encore en moi même au moment où j'écris ce texte j’en ai les larmes aux yeux encore. On me répétera certainement cette phrase que je déteste tant «Goor dou gawa dioy» qui est tout mon contraire. 

Et voilà parlons de  «Goor» même l'homme. Saviez-vous que pendant tout ce temps où le poids du mariage et de la société est expliqué à la femme, l'homme se met en dielaba avec comme consigne de ne rien porter en dessous, entouré de ses amis en général en essayant d'imaginer comment cette nuit sera succulente et très pimentée pour lui. On lui conseille juste de ne pas laisser sa femme s'asseoir en premier sur le lit sinon il perdrait tous les combats de nuit et de mettre en premier le «lakh» - le bouilli de blé avec son coulis de lait caillé, sur le visage de sa femme pour imposer sa virilité pendant le mariage.


En effet, pendant que tout le poids et les contours du mariage sont expliqués à la mariée avec toute la pression qui y en est inhérente; en aucun moment l'homme n'eût ce même poids. À l’homme, il ne lui est expliqué quoi que ce soit. Bien au contraire, il attend avec tout sourire et excitation sa nuit paradisiaque qui l'attend. Ce que je trouve totalement inégal. Dès le départ, tout le poids du mariage repose sur l'épaule de la femme bien que notre société ne cesse de nous rappeler que l'homme est le chef de la maison.


Pourquoi ne laissons nous pas l'homme vivre  la même chose que sa femme. Que ses tontons, tata, nidiaye et autres convives se mettent autour de lui pour rappeler autant qu’à la femme les principes du mariage. 


C'était juste un cri de cœur dont je devais me libérer.

Yacinto, fièrement notre Goorou mbotaye

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